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Parade au Flow

publié le 4 mai 2019

Un collectif d’artistes, Tlacolulokos, venant d’Oaxaca au Mexique, participe à l’inauguration de la nouvelle édition de lille3000, « Eldorado », autour de la culture mexicaine.
Pour la mettre à l’honneur, une parade devait avoir lieu initialement samedi dernier, reportée à cause de mauvaises conditions météo. Le temps lillois fait d’ailleurs encore des siennes !

La façade du Flow (la maison du hip-hop de Lille) vient de se faire redécorer avec un joli ACAB. Nous venons de recevoir ce matin une vidéo revendiquant ce geste de la part de mystérieux "fans de Tlacolulokos".

Parade au flow from fanstlacolulokos on Vimeo.

Cela survient à la suite de la polémique liée à l’inscription ACAB ("All cops are bastards", "Tout les flics sont des batards") sur la fresque réalisée en face du Flow par le collectif Tlacolulokos. C’est le syndicat de police Alliance qui va la propulser dans les médias en dénonçant son caractére insultant. Le ACAB prend donc de la vigueur et ne fait plus seulement office de décor. Face à la pression judiciaire et médiatique, il sera enlevé. La seule parole publique sera celle du directeur du Flow. Pour lui, le tag symboliserai la dénonciation de la corruption de la police mexicaine, rien à voir donc avec notre si belle police française. Et pourtant ce tag résonne bizarrement bien avec la situation actuelle en France, peu importe d’ailleurs l’intention initiale de ce collectif d’artistes. De plus, les foulards viennent faire écho à la dernière loi « anti-casseur » et la nouvelle infraction sur la dissimulation de visage.

Cette fresque, c’est donc une apparition qui colle à merveille avec l’actualité politique brulante.

Quelques jours plus tard, un ACAB ré-apparaîtra chaque soir sur le bras. Il est moche, fait à l’arrache, il transpire l’acte illégal, celui qui n’a pas l’accréditation de la mairie de lille. On dirait bien que la censure a du mal à passer, et que ce symbole semble important pour certains habitants et habitantes de la métropole. Si tôt fait, si tôt ré-effacé. A la place, à l’initiative du collectif, des écritures d’heures différentes apparaissent, formant une ligne horizontale en fond. Il faudra se rapprocher pour comprendre qu’il s’agit en faite, de ré-intégrer le ACAB, en le transformant en heures : treize heures, une minute et 2 secondes (1312 = ACAB) au milieu d’autres horaires qui n’ont aucun sens propre, si ce n’est d’invisibiliser le premier. Le symbole se transforme en code, et ré-apparait donc sous une forme totalement imperceptible au-delà du milieu graffeur et de la sphére militante. Il ne contrarie plus les forces de polices, tout le monde est content...

Sauf donc pour ces fameux "fans de Tlacolulokos" qui décident de redécorer avec un ACAB la façade du Flow. Nous vous faisons part du texte de revendication accompagnant la vidéo :

« Par ce geste nous cherchons à rendre à la fresque son troisième élément indispensable. Les foulards des femmes et la kalachnikov ne peuvent aller sans le ACAB.
Par ce geste nous refusons la censure exercée par la police et son syndicat Alliance.
Par ce geste nous voulons mettre en avant l’inscription ACAB qui, si elle s’inscrit dans le contexte mexicain, a également du sens chez nous, tant pour les violences policières perpétuées dans le contexte des gilets jaunes, que dans les quartiers, et notamment à Moulins.
Par ce geste nous tenons à montrer à quel point la mairie et autres institutions ne peuvent se contenter de mettre à l’honneur une culture sans la prendre dans son entièreté. La mairie, en voulant s’approprier un simulacre de la culture mexicaine, s’est reprise en pleine poire la ferveur populaire qui en restait de celle-ci. Par ce geste, nous voulions la lui relancer à la gueule.
 
Aussi, nous rejetons la parade Eldorado, qui fait du Mexique un folklore haut en couleurs, mais qui oublie la situation sociale et politique de ce pays. La parade organisée en l’honneur de cette culture devrait plutôt être un hommage à cette inscription ACAB. Il serait dommage que la présence de la police vienne gâcher cette grande fête. On trouve d’ailleurs que sa présence-même serait déjà une provocation.
 
Par ce geste nous remerçions le collectif Tlacolulokos pour leur fresque qui s’accorde parfaitement à ce que nous vivons actuellement en France.
 
ACAB,
des fans du collectif Tlacolulokos »

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