• PARTAGER SUR

De cette période de confinement, qui intensifie et met en lumière notre atomisation sociale, ainsi que les ressorts logistiques de notre société, ont découlé - tant dans les médias que dans les esprits - des images de rues vides, de villes fantômes. Pourtant, à bien y regarder, l’amputation d’une énorme part de la vie urbaine laisse encore entrevoir des rues transpercées de part et d’autres, par une petite armée, non pas de l’ombre celle ci, mais de livreurs dits « indépendants ». En creux, c’est aussi de souffrance et de peur que sont traversées les rues.

Car rien ne manque au confort de l’ennui, même pendant le confinement, ces livreurs sont témoins et en même temps le moteur d’une forme de vie qui leur est inaccessible, celle de pouvoir ne plus s’occuper des besoins de l’existence, qu’ils soient essentiels ou encore de l’ordre des plaisirs qu’offre la société moderne.

Déjà à l’avant garde d’une dérégulation de l’économie avancée, ce qui ne signifie rien d’autre que, très pragmatiquement et une fois sorti des éléments de langage, de très faibles salaires, aucune sécurité de l’emploi ni possibilité d’organisation collective reconnue, ni chômage ni retraites, les livreurs se retrouvent maintenant en première ligne dans la crise sanitaire du COVID19. Il n’est alors pas étonnant de constater aux désirs d’une économie en crise de s’affranchir de ses formes classiques dans une logique d’« adaptation », et de voir l’auto-entrepreunariat érigé comme solution au confinement. Etre soi même son patron, c’est permettre la déresponsabilisation de l’employeur au sein de l’aliénation. Parallèlement, c’est à Franprix que l’on retrouve pour le confinement des « auto-entrepreneurs », qui n’ont eux aussi d’indépendants que le statut social.

Enfin, car la crise n’est visiblement pas la même pour tout le monde, c’est une vaste réforme managériale - au même titre que toutes celles qui l’ont précédé ces deux dernières années - que Deliveroo s’apprête ce vendredi à faire passer. Faisant sauter le concept de créneau horaire, dernière source de stabilité financière et sociale pour les livreurs, et venant se calquer sur le modèle d’Uber, Deliveroo ne semble donc peu gêné à faire accroître le risque épidémiologique chez leurs salairés (sic. la Cour de Cassation). Déjà, le CLAP, collectif des livreurs parisiens autonomes parisiens appelle à cesser toute activité, et une future grève semblerait déjà dans les esprits.

Pour toutes ces raisons nous sommes partis à la rencontre de plusieurs livreurs pour qu’lis nous livrent leur témoignage, objectif mais sensible, de la situation actuelle. Les voici, que nous avons interprêté et mis en image.

Un grand merci à tous les livreurs et toutes les livreuses, ainsi qu’à Jérémy Wick, sans lesquel.les cette vidéo n’aurait été possible.