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L’Homme & le Loup

publié le 13 avril 2019

La pièce n’est pas très lumineuse, une lampe, seule, est posée sur la table proche du lit.
C’est un éclairage de mauvaise qualité.
La chambre, elle, n’a rien d’exceptionnelle, à part peut être une vue sur le parking de l’Hotel. Hormis cela, on y retrouve cette même décoration un peu kitch que dans l’ensemble des chambres voisines.
On y sent l’odeur de la propreté de surface, de l’impersonnel.

L’Homme apparaît en ouvrant la porte et pénètre dans la pièce, sans un bruit, jouant de discrétion.
Il fixe le Loup qui l’attendait, là, avec sagesse, dans un état quasi-méditatif.
A partir de ce moment précis, l’Homme ne quittera pas des yeux la bête, et inversement.

Dehors, on entend le bruit des sirènes de la ville.

Le Loup était là déjà depuis un bon moment. Quelques heures peut-être. Il a prit l’habitude d’attendre, de rester sans bouger la moindre griffe.
On pourrait l’ignorer et ne rien faire. Strictement rien, à part errer dans l’étendue de son esprit. Cela relève d’une certaine discipline que la plupart des hommes et des bêtes pratiquent avec tant de maladresse.

L’Homme s’avance et retire son chapeau, qu’il pose sur le bureau. Tout en contemplant la bête qui se tient devient lui, il se dirige vers le bar de la chambre. Se sert un verre qu’il consomme d’un trait. Il s’en ressert un second, qu’il prendra le temps de déguster tout au long des minutes qui vont suivre.
C’est du whisky de mauvaise de qualité. Mais cela reste de l’alcool.
Tout en prêtant attention à ne pas rompre le silence, il pose un disque. Celui là même qui traînait à coté du poste radio.

La rythme commence à se faire comprendre. Il est lent.

L’Homme s’assied sur le fauteuil en face du Loup.
Ils se regardent, s’admirent peut-être. Le Loup imagine le goût de son invité. Mais l’Homme, lui, sait très bien quel goût son hôte possède. Un goût de large tendresse certes, mais aussi un goût de grande solitude. Cela se sent à travers l’odeur de transpiration qui se diffuse dans la pièce.

La tension est agréable.

Sur le parking, une porte claque. Peut-être un autre Loup, peut-être un autre Homme.
Il est tard. Assez tard pour ne plus avoir envie de regarder les montres et les horloges.
Le Loup reste fixé à l’Homme. De son regard, déjà, il le dévore. Tout le monde aimerait être regardé de cette manière, de cette force, de cette puissance.
Un tel désir, ça ne se trouve pas tous les trois matins.

L’Homme se lève lentement de son fauteuil, pour retirer son blouson, puis sa chemise, qu’il pose sur le bureau. Toujours avec la même délicatesse dont il fait preuve depuis son arrivée.
Il est torse-nu face à la bête.
Des marques dans le dos ainsi qu’une cicatrice sur l’épaule se remarquent à la faible lumière de la pièce.
Ils continuent de se regarder.
De se noyer dans l’intensité de ce regard partagé.

Soudain, le Loup avance et se place au milieu de la pièce. Il commence à montrer les crocs, hérisse ses longs poils bruns et gris.
Le moment approche. Il le sait. Il le faut. C’est un repas. Non. C’est une offrande.
L’Homme, de sa jeune chair, tourne autour de la bête, l’examine de toutes parts.
Il imagine les caresses et les tendresses avortées, laissant place à la pureté de l’acte barbare. Il s’imagine déjà la voracité avec laquelle il pourrait se faire dévorer.

C’est dans cette image que le Loup saute sur l’Homme qui se retrouve à terre, pris sous le poids de la grande créature.
La musique s’accélère. De la pièce d’à coté parvient le son du téléviseur.

La respiration et la sueur s’agitent.

Pour le Loup, le festin a commencé.
L’odeur du sang commence à envahir la pièce. Quel plaisir.
L’Homme tente faussement de se débattre, prenant son pied à se faire déchirer les chairs, à se voir entailler les zones sensibles de son corps.*
Il se retrouve rapidement à nu face à son complice.

Très vite, il ne restera que quelques échos sonores de cette bataille.
Le corps du jeune homme est étendu à terre, noyé dans son plaisir de fin de vie, le regard vidé.

Après l’acte, le Loup éteint la musique.
Il s’assied sur le fauteuil, contemplant le corps dénudé du jeune Homme, attendant la venue du prochain repas.
Comme si, pris d’une malédiction terrible, la bête n’avait plus la capacité d’être repue. Comme si l’appétit était devenu un fardeau.

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