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Au vu de l’intensification des précarités en tout genre dans le contexte sanitaire actuel, au vu de la démission de l’Etat dans les domaines de la santé et de la protection sociale des personnes, des amis et amies nous ont transmis le texte ci-dessous sur la nécessité de refuser collectivement le versement des loyers aux propriétaires fonciers ainsi que de réfléchir à une solidarité en acte pour les personnes qui vivent dans la rue à Lille. Si cette grève ne peut partir que dans les quartiers où l’on vit, il faut pour autant trouver des manières de parler de cette proposition à nos voisins, à notre quartier et de nous organiser pour ne pas être un vecteur de propagation du virus : la distribution de textes dans les boites aux lettres avec une attention sanitaire particulière, le collage d’affiches près des lieux encore ouverts, ou encore l’utilisation des différents moyens de communiquer sur Internet ou par téléphone.... Cela implique aussi de collectivement prendre en charge les différentes tensions et conflits avec les propriétaires pour ne pas laisser les gens seuls face aux bailleurs... D’autres appels à faire la grève des loyers sont diffusés depuis quelques jours, notamment sur la page facebook de Lille Insurgée ou encore celle de Grève des Loyers 2020 qui recensent tous les appels en France.

« Une précieuse expérience de la manière dont une communauté peut s’organiser elle-même pour défier des gens avec un pouvoir économique et élaborer une solution à ses problèmes à travers sa propre activité »
WETZEL, Tom. Barcelone, 1931. Grève massive des loyers. Solidarité n°23, 2006 [1].

Deux semaines de confinement. Deux semaines d’annonces à tout va, et de mesures peu effectives. Pourtant, on nous répète que cette situation avait été anticipée, que le gouvernement préparait les mesures adéquates afin de gérer au mieux la propagation de l’épidémie et de ses conséquences. Ce n’est pourtant pas le son de cloche qui résonnait en interne, lorsque Agnès Buzyn (ex-ministre de la Santé) déclarait au journal Le Monde le 17 mars dernier que ses nombreuses alertes sur la situation n’avaient pas été entendues au sein du gouvernement. Aujourd’hui, un collectif de soignant.e.s, et des victimes ont déposé plainte à l’encontre de Agnès Buzyn, Edouard Philippe et Emmanuel Macron pour « mensonge d’Etat », pointant leur inaction.

Le 12 mars, le Président de la République énonçait que l’urgence était celle « de protéger nos compatriotes les plus vulnérables ». 15 jours plus tard, un résultat : des carences, des longueurs de réaction, actant un constat d’incompétence générant des différences de traitement mettant en danger les plus précaires...et ce face à un virus qui lui ne fait pas de différence entre les riches et les pauvres. Un temps ordinaire aggravé.

Ces différences, elles sont le miroir des inégalités qui se reflètent de manière plus vive encore durant cette période. Pour rester confiné chez soi, il faut un toit. Pour avoir un toit, il faut avoir des ressources suffisantes pour être propriétaire ou locataire et donc s’acquitter d’un loyer mensuel. Mais alors, comment poursuivre le paiement d’un loyer mensuel lorsque nos sources de revenus deviennent instables, réduites voire nulles ? Et d’autant plus, comment justifier du maintien de ces loyers lorsque c’est l’Etat même qui nous impose une situation telle ? Car avant toute chose, avoir un toit est un droit.

Pour les entreprises, les mesures n’ont pas tardé. Dans son Adresse aux Français du 16 mars, outre des mesures économiques importantes, Emmanuel Macron déclarait que, pour les entreprises toujours, « les factures d’eau, de gaz ou d’électricité ainsi que les loyers devront être suspendus ». Qu’en est-il pour les particuliers ?

Chaque dernier week-end de mars est le symbole de fin de la trêve hivernale. Synonyme d’expulsions en série, de coupures d’eau, de gaz et d’électricité, d’absence renforcée de solutions de relogement, de non accompagnement des personnes en situation de forte précarité. Exception faite cette année compte tenu de la situation, la trêve aura lieu fin mai. Mais ce prolongement ne peut faire oublier les carences en matière de logement, qui chaque année, mois, semaine, jour, pousse des personnes à la rue.

A Lille, en moyenne 10 familles sont expulsées par semaine, et 40 sur l’ensemble de la MEL. 25% de la population vit une situation de « mal-logement ». Et cela au regard d’un constat national déjà particulièrement alarmant. En 2018, la ville était la 6e la plus chère de France au prix du m2 (13,70€ m2). 10% du parc privé est considéré comme potentiellement indigne, lorsqu’il n’y en a « que » 3% au niveau national. Le camp de la friche Saint-Sauveur qui s’agrandit chaque jour en est une triste démonstration.

Mais partout ce sont des personnes sans toit qui se retrouvent encore plus précarisées, qui ne peuvent plus faire la manche, ne peuvent plus chercher refuge dans un accueil de jour, et voient les maraudes réduites, les contacts humains ramenés au néant. Et cela dans un pays qui compte 3,1 millions de logements vacants.

Dans chaque secteur, chaque pan de la société, on compte les oublié.e.s. Ici, nous pointons le manquement d’un Etat qui prétend gérer l’ensemble d’une crise, mais fixe des priorités qui réitèrent des privilèges, des inégalités, des situations de précarité, d’isolement, d’injustice.

Plutôt que de continuer à gaver des propriétaires qui s’enrichissent depuis leur résidence secondaire, nous en appelons à une grève des loyers à durée indéterminé, tant que la situation et les mesures décrétées n’évolueront pas. Et cela pour permettre à nombre d’entre nous de continuer à vivre, et à soutenir les oublié.e.s de cette crise [2].

Notes

[2Ici nous pensons aux nombreux.se.s SDF, exilé.e.s, travailleur.se.s du sexe, et autres qui sont à la rue, sans solution, et particulièrement exposé.e.s aux risques encourus. Aux précaires et aux secteurs que l’Etat s’attelle à démanteler depuis des années.