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Le 12 mars dernier, au début de la crise du Covid-19 au Royaume-Uni, le premier ministre Boris Johnson annonce son parti pris libéral dans la gestion gouvernementale de l’épidémie : laisser l’épidémie s’étendre pour que se développe rapidement une immunité collective. Au premier abord, elle s’oppose à celle que l’on connaît actuellement en France, celle du « lockdown » ou du confinement. Il n’est donc pas question de fermer les stades, les écoles, les commerces...etc. Selon les experts cités du gouvernement britannique, ils estimaient qu’il faudrait que le virus contamine 80% de la population pour qu’il cesse de se diffuser avec comme prévision 500 000 morts. A défaut de vouloir intervenir, Boris Johnson préparait alors sa population à « la perte de beaucoup d’êtres aimés ». Les défenseurs de cette stratégie l’expliquent par le fait que le Royaume-Uni pourrait retrouver très rapidement, après la contamination générale et donc le développement de son immunité, une vigueur économique au sein du marché mondial sans craindre le retour d’un nouveau pic épidémique. Développer une immunité collective coûte que coûte au risque d’abandonner la partie « la plus faible » de sa population et de faire souffrir les autres pour sauver l’économie du pays. Le premier ministre reculera finalement sous la pression notamment de l’OMS et décidera de mettre en place un confinement quasi-totale du territoire, en faisant de la distanciation sociale une nouvelle règle à respecter et en annulant tous les événéments publics.

Depuis notre situation lilloise et française, nous nous sommes entretenus avec les membres du Brighton Antifascists sur leur situation locale et leur façon d’intervenir en ces temps d’épidémie. Ce collectif partage des positions anarchistes et il est actif dans divers groupes d’entre-aide et d’auto organisation pour faire face au mieux à l’épidémie et à ses conséquences sociales. Pour plus d’infos, nous vous renvoyons à sa page facebook : https://www.facebook.com/BrightonAntifascists/

Cet échange a commencé le 18 avril pour se finir un dimanche 3 mai. Nous tenons à remercier les membres de la BAF pour leurs réponses ainsi que nos amies pour les différentes traductions et la sélection des photographies d’illustration.

Le quartier d’Hannover, populaire et coloré

En France, les premières communications du gouvernement sur le COVID-19 se sont voulues rassurantes. La porte parole du gouvernement parlait même au départ d’une « petit grippe ». Masquant leur retard sur la préparation sanitaire du pays à l’épidémie, leur premier réflexe a été de gérer et de contenir la peur de la population par une sur-communication inhabituelle, quitte à ce que la communication du lendemain vienne contredire celle de la veille, avançant presque au jour-le-jour.

Le Royaume-Uni, au départ de la gestion de crise dans le pays, a été fidèle à sa politique ultra-libérale, consistant à laisser le virus se propager pour développer une immunité collective. Le 23 mars, au vu de la réalité terrible de l’avancée du virus et de l’hécatombe que provoque une telle stratégie, c’est le revirement de la part du gouvernement de Bojo. Il décide d’appliquer le confinement. Avant cette décision, comment le gouvernement gère ou non la crise ? Quelle est l’ambiance dans votre ville à ce moment là ? Est-ce que les pouvoirs publics locaux sont-ils au diapason avec le gouvernement ?

L’immunité collective découle d’une décision politique pour faire en sorte que l’économie continue de tourner aussi longtemps que possible. Cette stratégie n’était en aucun cas scientifiquement prouvée. Cependant ils ont essayé de la justifier avec des théories scientifiques qui allaient eux-même à l’encontre du propre conseil scientifique du gouvernement. Il n’y a eu aucune gestion ; Boris Johnson s’est juste retiré dans sa maison de campagne et a ignoré la situation. L’opposition (Le parti travailleur, les verts, etc) était quant à elle très concernée par la situation, ne misant en rien sur cette fameuse immunité. Elle demandait un confinement de la population et des mesures adéquates appliquées le plus rapidement possible. La population dans son ensemble n’était pas particulièrement inquiète, faisant confiance aux déclarations de Boris Johnson qui comparait le virus à une simple grippe, jusqu’à ce que l’Italie rentre en confinement. C’est à partir de ce moment là que la population a commencé à prendre conscience des erreurs du gouvernement.

Moins d’une semaine avant le confinement en France, Macron inaugure la distanciation sociale avec un discours paternaliste sur l’importance de respecter les différents "gestes barrières". La première mesure symbolique sera la fermeture des écoles. Jusqu’à l’annonce du confinement, les mesures gouvernementales vont s’enchaîner, pour devenir de plus en plus drastiques vis à vis de la population. Entre réalité et mise en scène médiatique, les gens ne respecteraient pas suffisamment la distanciation sociale. La pression monte en fermant d’abord les lieux « non essentiels ». La veille de l’annonce, des rumeurs circulent sur les différents scénarios de confinement, jusqu’à imaginer des checkpoints de militaire dans la rue. Lundi, la légitimité du confinement est prête. La population aurait accéléré la propagation du virus par ses comportements irresponsables. Le lundi 16 mars au soir Macron annonce donc le confinement avec en toile de fond la guerre comme imaginaire pour présenter la crise sanitaire et sa résolution. Imaginaire qu’il ne quittera pas jusqu’à aujourd’hui et qui sera repris un peu à toutes les sauces.

Après le 23 mars, c’est donc le confinement pour l’Angleterre. Plus d’une semaine après, on apprend que le 1er ministre est testé positif au COVID-19 et se fait rapidement hospitaliser. On pourrait dire que le virus vient mettre à mal, directement au plus haut du pouvoir, les certitudes libérales sur la gestion de la crise. Comment la population vit-elle les annonces du confinement le 23 mars ? Est-ce qu’elle a été préparée à ça, psychologiquement, médiatiquement et matériellement ? Est ce que l’hospitalisation du 1er ministre marque-il un affaiblissement de la crédibilité du gouvernement ? Et une remise en cause de la pensée libérale ?

Ce qui est intéressant c’est que Boris Johnson a réussi à se faire tester et se faire placer sous assistance respiratoire alors qu’au final il montrait moins de symptômes qu’une grande partie des personnes atteintes du virus ; que les tests ne sont pas disponibles pour le personnel soignant et que la disponibilité des respirateurs est très limitée. De plus, ce qui est aussi intéressant c’est que le Royaume-Uni a effectué une simulation de pandémie quelques mois avant le Covid afin de voir comment le NHS [1] réagiraient à une telle crise avec 10 ans de coupes budgétaires. Les résultats montraient que le NHS était largement sous financé, en sous effectif et mal équipé et qu’il ne serait pas capable de faire face à une pareille situation. Malgré cela, le gouvernement n’a rien fait pour rectifier la situation et a continué de privatiser et de réduire le budget du NHS.

Quand Boris Johnson a contracté le virus, il est alors dépeint comme un héros, particulièrement quand il est placé en soins intensifs. Il est montré comme le héros d’un peuple qui allait survire au virus et le combattre. À part l’extrême-gauche, le reste du pays appuya ce récit. Cette propagande est partie du gouvernement pour ensuite être propulsé par les médias. Il voulait rattacher la figure de Boris Johnson à celle de Churchill, le représentant comme un leader fort qui gagnerait « cette guerre ». Il faut noter que Boris serrait les mains à beaucoup de monde avec fierté disant qu’il n’y avait rien à craindre, juste avant qu’il n’attrape le virus. Sa politique économique et son leadership n’ont donc pas été remis en cause.

On peut aussi noter que la notion de guerre et la comparaison à Churchill sont communes avec Macron. La communication du gouvernement était ici de montrer que si on est un homme fort et combatif on peut vaincre le virus. Il n’était donc plus question de politique sanitaire nationale mais de détermination individuelle.
De la même manière que pour Boris Johnson, le NHS et son personnel ont été dépeints comme des héros afin qu’ils n’aient pas de leviers pour se battre pour leurs droits dans cette situation, par exemple lutter pour l’obtention des PPE [2] car ils n’en avaient pas assez. Comme ils étaient dépeints comme des héros, ils sont présentés presque comme des soldats volontaires et non comme des travailleurs avec des droits. Ainsi le personnel soignant n’est plus en mesure de dénoncer leurs conditions de travail vu qu’ils ne sont plus des travailleurs mais des soldats volontaires. La population n’a donc pas cherché à mettre en cause la gestion du gouvernement mais a simplement applaudi les héros qui se sacrifient (les soignants ne sont pas morts au travail mais mort à la guerre). Dire qu’on est en guerre rend donc acceptable le fait qu’il y ait des morts.

Cependant cette épidémie a mis en lumière quel travail est vraiment nécessaire : personnel de supermarché, professeurs, NHS, personnel de nettoyage, transporteurs, etc. Aucun de ces emplois ne sont des emplois considérés par le capitalisme. Ils sont même les emplois les moins payés. Ici on parle de « Key Worker », clé comme la clé de voûte du capitalisme sans quoi tout s’effondrerait.

Une baston entre Mods et Rockers sur la digue de Brighton

Depuis le début de la crise, la cohérence européenne ainsi que la solidarité entre les pays se laissent à désirer. On constate même qu’à certains endroits, des cargaisons entières de masques sont volées par le pays transitoire. Au-delà des frontières humaines qui sont refermées au sein de l’espace Schengein, on dirait que les pays se sont retrouvés à gérer nationalement la crise.

On peut dire que le peu de solidarité remarqué s’est fait avec des pays extra-européenns. Qu’en est-il de l’Angleterre ? Est-ce que les accords trouvés entre l’UE sur le Brexit sont en standby, voire remis en cause ?

Avec le Brexit il y a eu un important mouvement nationaliste au Royaume-Unis, la population pensait que l’UE était un frein pour le développement de l’économie Britannique mais la crise du COVID a frappé et la population a été forcée de constater que l’économie Britannique est fortement connectée au reste du monde et ne peut pas se couper de l’UE aussi brutalement. Le Royaume-Uni n’est plus ce qu’il était et n’a plus les capacités de productions qu’il a eu par le passé. La crise du COVID aura un impact important dans les futures négociations avec l’UE. Quand la crise du COVID a frappé, Boris Johnson a d’abord refusé d’accepter le plan de l’UE qui aurait permis au Royaume-Uni d’avoir accès à du matériel médical ainsi qu’à des financements. Le NHS en avait pourtant grandement besoin mais cela lui a été refusé car nous avions quitté l’UE et que « Brexit means Brexit ». [3]

Interrogé sur cette affaire, Boris Johnson donna une vague réponse expliquant que nous obtiendrons du matériel venant d’ailleurs. Il a été vivement critiqué pour avoir utilisé le Brexit comme argument politique durant cette période.

En France, l’application du confinement se fait notamment par un contrôle de la population. Le gouvernement met en place une attestation de dérogation de déplacement pour pouvoir justifier toute sortie. Le contrôle est effectué par la police. A Lille, on constate une recrudescente des contrôles de police avec d’importants moyens mis en place : barrage routier à l’entrée du périph et sur certains artères importantes, brigade pedestre, equestre, en moto. Ce qui n’est guère étonnant, c’est que la pression policière s’applique dans des quartiers "populaires" très précis, utilisant le confinement et son bon-respect pour effectuer de nombreuses descentes liés aux questions de stups, comme c’est le cas à Roubaix. De plus, en une semaine, plusieurs personnes ont perdu la vie à cause de la police. Au bout de quelques semaines, l’usage de drones se généralise pour vérifier qu’il n’y a pas de rassemblement, et la police les utilise pour diffuser des messages au personne encore dans la rue. Aujourd’hui, il est sur que l’on se dirige vers un système de tracking des téléphones nommé STOPCOVID dont les contours d’application sont encore flous. [4]

Au vu de sa politique ultra-libérale, on pourrait se dire que l’Angleterre semble peu enclin à mettre des moyens répressifs comme en France ainsi qu’à montrer physiquement une autorité de l’État pour faire respecter le confinement. Qu’en est-il exactement ? Quels sont les dispositifs, visibles ou invisibles, utilisés ? Est-ce que les gens respectent naturellement le confinement ?

En terme de violence, le gouvernement ne permet pas à la police d’utiliser la contrainte physique sur la population. Cela s’explique par le fait qu’il veut que la population continue de faire confiance et respecte la police. Ce qui ne veut pas dire que les minorités ne subissent pas de violence physique dans les villes. Cependant elle n’est pas visible par la majorité des personnes vivant en centre ville. À la place, les policiers ont reçu l’autorisation d’arrêter et de contrôler la population en fouillant les sacs ou en allant chez les gens. Il est plus question de violence à l’abri des regards que de démonstration de violence publique comme on peut le voir en France. Les keufs vont venir sans mandat te péter ta porte juste parce que ton voisin a entendu du bruit et pensait que tu faisais une soirée pendant le confinement. C’est une violence pas forcement visible par le grand publique. Dans la rue ils se baladent en patrouille de deux sans arme à feu et avec des uniformes jaune fluo. Ils ont même des officiers de « liaisons » chargés de faire le lien entre la police et la population. Contrairement en France où ils en ont plus rien a foutre d’être vu en train de défoncer des gens, ici ils soignent leur image et répriment en toute discrétion.

En France, notre système de santé publique est depuis plusieurs années démantelé pour faire place à des logiques privées et capitalistes. Le manque de moyens matériels et humains est depuis dénoncé par l’ensemble du corps soignant. Avec la crise sanitaire, ce constat est exacerbé et devient une réelle inquiétude partagée par l’ensemble de la population. Dans le Grand Est notamment, les hôpitaux sont tellement saturés, que certaines catégories de la population ne sont plus accueillies, comme les personnes âgées. Dans certains EHPAD, les personnes suspectées de COVID-19 sont confinées dans leur chambre. Malgré tout, la France, par rapport à certains pays comme l’Italie ou l’Espagne, ne semble ne pas être la plus démunie.

Qu’en est-il en Angleterre ?

Depuis 2010 le gouvernement conservateur a continuellement tenté de privatiser le NHS. Ils ont rendu très difficile le fait de devenir médecin ou infirmier si l’on vient d’un milieu populaire ou que l’on ne vient pas d’Angleterre car ils ont réduits les financements disponibles pour les formations. Il manque énormément de médecins et personnels médicals dans le NHS. Cela veut aussi dire, que dans ce temps de crise, le gouvernement paie ses amis qui possédent les hôpitaux privés, afin d’y mettre des patients atteints du Covid. Cela s’explique par le fait que les libéraux (les « Tories », Boris Johnson, etc…) et les directeurs d’hôpitaux privés sortent des même grandes écoles (privées elle aussi). Ils sont sur la même ligne politique et ont l’habitude de faire du buisness ensemble. Du coup quand la crise a frappé, Boris Johnson a préféré donner un billet à ses potes directeurs d’hôpitaux pour libérer des lits plutôt que d’augmenter les financements du NHS (ce qui aurait été perçu comme un désaveu de sa politique libérale).

Dans certains pays comme l’Espagne ou la Corée du Sud, il semblerait que toute personne décédée du virus soit comptabilisée, que ce soit à l’hopital ou ailleurs. En France, les décès dans les EHPAD par exemple n’y figurent que depuis peu. D’après le magazine « science et avenir », ils representeraient 1/3 du bilan en France.

Qu’en est-il en Angleterre ? Quelle confiance donnez-vous au comptage anglais ?

Il n’y a absolument aucune crédibilité dans le décompte des décès. Il est largement au dessus des chiffres communiqués. Cela s’explique du fait qu’il n’y a pas assez de tests et que seul compte les personnes qui ont été testées à l’hôpital ; cela ne prend pas en compte les personnes mortes chez elles ou celles qui sont décédées à l’hôpital sans avoir pu être testées, ce qui est la majorité des cas.

Des habitations de Brighton centre

La stratégie du confinement sert notamment à étaler les cas de COVID-19 dans le temps et ainsi à ne pas saturer les hôpitaux. Mais, elle est aussi un moyen utile pour le gouvernement de rattraper son manque de préparation, que ça soit pour augmenter la capacité de tests au fil du temps ou que ça soit pour avoir le temps de munir chaque personne d’un masque. Dans ses annonces, le gouvernement fait semblant encore de questionner la pertinence ou non d’un masque, essayant difficilement de cacher le fait qu’il y a un manque encore cruel de masques en France, et qu’il ne sait toujours pas quand l’ensemble de la population en aura un. Malgré cet persistance à masquer la vérité ou le manque de modestie de l’État, c’est un véritable scandale qui est maintenant sur la place publique.

Est-ce qu’il y a aussi une pénurie de masques en Angleterre et comment le gouvernement gère-t-il son approvisionnement ?

Les « communities » [5] font leurs propres masques pendant que le gouvernement ne fait rien pour équiper la population. Dans la communication du gouvernement les informations se contredisent concernant les masques. C’est un fiasco total ici, le gouvernement peine à s’approvisionner. Il se fait discret sur cette question car il n’arrive même pas à en avoir assez pour le personnel hospitalier, il est donc hors de questions pour lui de dire aux gens d’en porter. Il y a d’ailleurs en ce moment un débat sur l’utilité même des masques. On vit exactement ce que vous avez vécu en France quelques semaines plus tôt.

En France, dans certains milieux anarchistes minoritaires, on conteste le confinement, comme une énième mesure autoritaire de l’état qui briderait notre liberté, en oubliant totalement la réalité du danger de l’épidémie. On pourrait ainsi rapprocher cette posture de la position dogmatique du libéralisme, elle pourrait même rejoindre, à leur insu, la théorie du darwinisme sociale.

Qu’en pensez-vous ? Qu’en est-il des mouvements contestataires dans votre ville ?

En tant qu’anarchistes à Brighton, nous savons que nous ne pouvons pas compter sur le gouvernement pour prendre soin de nous, particulièrement en cette période où notre santé est en jeu. Nous savons que nous devons prendre les informations communiquées avec précautions mais la façon la plus rapide de contracter le virus est clairement le contact physique. Nous aspirons à la création de « communities » sous l’idée de l’entraide collective qui nous permettrait d’être autonome concernant la bouffe, les PPE, les masques par exemple. À travers cela nous cherchons à montrer aux gens qu’il y a d’autres manières de s’organiser. Cela est un succès et les non-anarchistes impliqués ont depuis refusé tout contact avec le gouvernement et les institutions. Nous avons aussi l’intention de décourager les gens d’appeler la police pour dénoncer leurs voisins et de pas se surveiller mutuellement.

Voici quelques liens utiles pour se rendre un peu compte de ce qui s’organise :
https://en-gb.facebook.com/mutualaidveganfoodbank/
https://brightonmutualaid.co.uk/

Après le début du confinement, que ça soit en Italie ou en France par exemple, on constate plusieurs dizaines mutineries dans les prisons. Il faut dire que les prisonniers et prisonnières ont été les premier.es abandonnées par le gouvernement, et les seules mesures sanitaires prises ont été les restrictions de peu de liberté qu’ils leur restaient : suppression des parloirs et de toutes les activités. Par ailleurs, on notera qu’un super travail d’informations autour des prisons et de liens entre prisonniers et l’extérieur est fait par l’Envolée.

Quelle est la situation en Angleterre ? Qu’en est-il de la solidarité entre prisonnier.es et l’extérieur ? Y avait-il des réseaux de solidarité pré-existants à la crise ?

La situation dans les CRA, les centres de rétention pour sans-papiers, semble cette fois différente. Le site À bas les CRA permet de se rendre compte de ce qui se passe dans les centres de rétention administrative du pays.

Qu’en est-il de la situation dans les centres de rétention chez vous ?

À cause du confinement, communiquer en dehors de notre cercle immédiat dans une perspective d’organisation n’est pas possible. Il y a des solidarités en ligne et des petites actions cependant il n’y a pas assez d’informations et de contacts pour qu’une large organisation prenne place. Ils continuent à déporter les gens et les centres de détentions sont toujours actifs. L’important c’est que le Home Office (équivalent du ministère de l’intérieur) continue d’expulser des sans papiers sans prendre en compte la situation actuelle et parfois même sans attendre que toutes les procédures juridiques soient finies. Ils ont récemment renvoyé des gens en Jamaïque alors même que ces personnes n’y avaient jamais vécu et n’y ont pas de famille.

Mercredi (29 avril) des émeutes ont pété au centre de détentions de migrants de Brook House et des actions de solidarités sont en préparation. On n’a pas de réseau solide comme en France avec l’Envolée, du coup c’est dur d’avoir des infos et avec le confinement on voit encore moins les camarades qui avaient des contacts. [6]

Aussi aujourd’hui (1er mai) s’ouvre le procès d’un camarade condamné pour terrorisme pour avoir combattu avec les YPG et deux autres pour financement de terrorisme pour avoir envoyer de l’argent à un membre de leur famille au Rojava. Des actions de solidarités sont prévues.

Concernant la question des logements, on constate aux États-Unis que de grèves de loyers ont été lancées et prennent une certaine ampleur dans certains pays. L’initiative a été reprise en France, mais on constate pour l’instant qu’elles restent affiliés aux milieux militants classiques. Cela peine à trouver un écho plus large.

Est-ce qu’il existe des choses de cet ordre en Angleterre ? Et si oui, est-ce que ce mot d’ordre était pré-existant avant la crise, et comment les gens s’organisent maintenant pour faire face à leur propriétaire ou au syndic ?

Il y a des grèves de loyers dans les logements universitaires car l’université continue d’encaisser les études et demande un loyer, peu importe que l’étudiant soit dans le logement ou non. Cette action n’a pas trop pris hors du secteur universitaire.
Certains locataires de logements sociaux essaient de s’organiser, mais cela n’est pas très répandu. Ce sont les habitants de Council House (l’équivalent de HLM mais appartenant à l’État) qui tentent de s’organiser par bloc, rue, quartier… mais il n’y a pas de coordination nationale ou même régionale. C’est juste des petits groupes d’habitants qui se mettent d’accord pour arrêter de payer leur loyer.

Une banderole retracant l’histoire militante de Brighton

Notes

[1NHS pour National Health Service, c’est le système de santé publique du Royaume-Uni.

[2PPE pour équipement de protection individuel, par exemple un masque de protection, des gants ou encore une blouse.

[3Depuis cet échange, la situation a changé. En effet le gouvernement britannique cherche maintenant à accéder aux aides de l’UE, malgré une réticence marquée par la situation propre au Brexit. https://www.theguardian.com/politics/2020/may/02/uk-seeks-access-to-eu-health-cooperation-in-light-of-coronavirus

[4Depuis, l’application STOPCOVID est passée à la poubelle laissant place à un système de tracking social étalé sur plusieurs niveaux. https://twitter.com/esquintelille/status/1256608787705802755

[5Le terme de communities peut être compris comme une communauté ou une collectivité. Ici il faut l’entendre comme un groupe d’habitants d’un même quartier ou d’une même barre d’immeuble.

[6Nous vous renvoyons à cet article pour plus d’informations :
https://www.thecanary.co/trending/2020/04/30/detention-centre-detainees-terrified-as-coronavirus-spreads/