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Courriers autour du 10 décembre

publié le 13 décembre 2019

Nous avons reçu plusieurs lettres faisant récit des événements de l’ensemble de la journée du mardi 10 décembre. Nous publions trois d’entre elles, celle d’une étudiante, d’un chômeur et d’un lycéen. Ce mardi a été une journée importante pour l’ensemble de la semaine et a facilité les événements des jours suivants. Depuis lors, les lycées de Lille et des alentours (Pasteur, Montebello, Queneau, Fénelon, Faidherbe, Gaston Berger, Valentine Labbé à La Madeleine, Jean-Perrin à Lambersart, Jean-Moulin à Roubaix) ont poursuivi leur mobilisation avec tenacité. Les lycéens et lycéennes ont fait face à une sévère répression et pourtant, n’ont pas manqué pas de détermination face à leur administration et à la police : barricades de poubelles, tirs de mortier sur la police, caméras de surveillance détruites, humiliation du chef adjoint de la police nationale, voitures brulées, blocage de boulevards...

T. - Étudiante en Droit à Lille 2

« Depuis quelques semaines, on va pas se mentir, la tension dans les facultés est palpable et c’est pas l’arrogance du doyen et de la direction qui va la faire redescendre. Ce n’est donc pas une surprise si dans la soirée de lundi je reçois un message m’indiquant un blocage à la faculté de Lille 2 le lendemain matin. Après ça, je reçois un mail de la direction m’indiquant le report des examens, grève générale oblige. On voit que la fac a progressé depuis 2018, année durant laquelle, pris de court, l’adminstration avait du annuler les examens et donner son année à tous et toutes. J’arrive donc à 6h30 pour prêter mains fortes au blocage avec l’aide de poubelles et de barrières. On bloque deux entrées. Rapidement, les étudiant.es venu.es passer leur examens arrivent. La plupart crie au mensonge conçernant le fameux mail de 1h37 du matin envoyé par la direction. Ça s’énerve un peu, ça veut passer ses examens. Un parent accompagnant sa fille nous dira au passage que « de son temps, on appelait le GUD pour débloquer », merci bien monsieur. Assez vite, un prof prend la parole, expliquant que l’annulation des examens n’est pas le fait de ces « batards de bloqueurs de mes deux ». En dehors de notre petite monde étudiant, on entend dire qu’un piquet est organisé par les cheminot.es devant la gare de Lille Flandres, et que ça commence à chauffer devant les lycées. Vers 10h, la fac est fermée administrativement pour l’ensemble de la journée. Et c’est donc avec entrain que nous nous dirigeons vers Science Po, proche de la place de République, lui aussi bloqué pour la journée. »

C. - Lycéen en terminale

« Alors moi, je voulais dire que vraiment les blocus, c’est quand même trop bien. Je suis venu à mon lycée pour 7 heure environ. C’est le lycée Pasteur qui est proche de la gare, derrière Euralille. Du coup on arrive à plusieurs, encore dégoûtés de la journée d’hier où on s’est fait prendre un peu la misère. Là rapidement les keufs se ramènent. Ça gaze, il y a des gens qui lancent des cailloux dans leur direction. On se fait quand même déloger et du coup on part rejoindre des potes direction le lycée Fénelon, le lycée proche de République. Avec d’autres, on crame pas mal de poubelles sur la route, profitant du fait d’être là plutôt que dans une horrible salle de SVT. Arrivés à Fénelon, c’est la folie, il y a des flics partout devant la préfecture, je veux bien qu’on soit virulents mais quand même, là c’était abusé. Du coup on se refait gazer, et avec tous les autrest, on part vers la place de République, on reste pas mal dessus, à zoner et à écouter du son. Ça se marre bien. Trois types chelous viennent nous casser la tête - on capte qu’en fait c’est la BAC qui vient tenter de péter des gens. Enfin ça se décide à bouger devant Science Po qui est au bout de la rue. Arrivés là-bas, c’est encore plus la folie que devant Fénelon, parce que là, en plus de nous y a les étudiants de Science Po et tous ceux qui étaient là à la fac de Lille 2, ça fait du monde quoi. Et à peine on arrive que quelqu’un claque « Fuck le 17 » sur une grosse enceinte, ça pose une ambiance directe ! Ça danse pendant 15 min, des copines sortent des drapeaux algériens, c’est vraiment la fête, jusqu’au moment où ces bâtards de keufs viennent en masse pour nous faire chier. Ils étaient nombreux quand même. Du coup on repart en direction du lycée Pasteur, et on se refait gazer. C’est quand même super joyeux comme moment, j’ai même reçu un snap de mon pote sur le capot d’une voiture en train de rouler pour donner une idée du bordel. On prend la route et on va vers Valentine Labée à La Madeleine, après être passés par le parc Matisse. Les keufs sont de plus en plus veners et sur les crocs, alors que nous on s’amuse de plus en plus. En fait ça va, quand tu comprends comment ils fonctionnent, tu peux jouir de ça et jouer au jeu du chat et de la souris. Un moment, on voit des keufs qui sont pas nombreux alors on se fait passer le mot qu’il faut faire un truc. Résultat on les course rapidement, il y en a un qui était vraiment pas bien, quel plaisir ! J’ai pas tout compris mais un moment on se retrouve au MacDonald de Lille Europe, celui qui est entre le lycée Pasteur et la gare. Là c’est le zbeul, on casse une borne à l’intérieur, on demande des menus gratos, ça frappe sur les vitres, c’est la pure folie. Mais les keufs débarquent au bout de quelques minutes, on continue de jouer avec eux un moment avec de partir bouffer et d’aller rejoindre la manif de l’après midi. »

A. - Chômeur

« La manifestation commence à 14H30, il y a moins de monde que jeudi dernier, on doit être 10.000 au début, puis 15.000 au plus fort de l’après midi. Beaucoup de jeunes sont là, encore surexcités de la matinée. La présence policière, tu la sens bien. La rue que les pompiers ont empruntée la semaine dernière pour aller bloquer le périph’ est complètement bloquée par les FDO. Je reconnais beaucoup d’agents des renseignements, et beaucoup de baceux postés aux abords du cortège. Tu sens une certaine tension. Dès que la manif croise un équipage de keufs, ça hue comme pas possible. Et c’est fortement repris. Tout le monde déteste la police ! Devant le Apple, les chiens de gardes sont au taquet. Pas question de reproduire la scène de jeudi dernier. Pour l’instant, tout est calme. Rapidement un block assez fournie se forme. Dans la rue nationale, quelle surprise de voir des gens s’organiser pour couper le gaz aux banques, agences et autres grandes enseignes du parcours comme le Printemps. Interpellé, je vais voir un travailleur du gaz qui me dira « Chacun peut bloquer à son échelle, moi je suis dans le gaz, l’autre dans l’électricité, du coup on coupe le gaz et l’électricité ! » C’est simple. Et surtout très efficace. Au cœur de la rue nationale, ce sera les agences et les pubs qui prendront cher. Lors d’une action, quelques syndiqués de la CGT iront emmerder ceux qui brisaient les vitrines. Et ça ira jusqu’à donner des coups. C’était anecdotique. Mais au moins, ça aura le mérite que le soir même à l’assemblée générale, tout le monde soit d’accord pour se déclarer solidaire des formes d’actions, tout en condamnant l’action des types de la CGT.
Au dessus de nous, le drone survole toujours. Toujours pas de goélands en vue, dommage. Sur le parcours, le local de la candidate LREM est protégé par une horde de keufs, de toute façon il ne reste plus grand chose à péter à sa vitrine. Devant le Sébastopol, ça stagne encore une fois face à l’armée de keufs qui n’attendent que de nous matraquer et de nous gazer. Après de longues dizaines de minutes, la charge est lancée. Et avec rage. La police déteste vraiment tous le monde. Ça tente un moment de partir en sauvage dans Wazemmes, mais l’idée tombe vite à l’eau quand on capte la sur-présence de keufs dans les rues adjacentes au théâtre. La manif se termine place de la République avec ses habituelles interpellations. Apparement, il y en aurait une dizaine. »

Crédits photos : @DK_Photos @JeffThuillier @FrancoisGrz

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