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Chronique Jaune

publié le 27 avril 2019

Edito

Écrire l’histoire que nous sommes en train de vivre, c’est ce que nous avons essayé de faire dans cette chronique. L’écriture succède aux discussions et au partage de ce que nous venons de vivre. La mise en partage permet de faire ressortir les événements qui nous ont paru primordiaux, ou de percevoir le détail qui vient faire basculer une situation. La contrainte dans le processus de narration est d’éviter de s’abandonner au spectaculaire. Ce dernier diminue la compréhension d’une situation, en en cachant justement les détails qui fondent sa complexité et qu’il nous importe de transmettre. Cette chronique est partielle et partiale, nous y racontons donc ce que nous vivons en partant de nos vécus politiques et existentiels. Pris de manière isolée, le récit d’un événement ne nous dit pas grand chose. Par contre, le réinsérer dans l’histoire du mouvement actuel permet d’en saisir les enjeux, de s’en nourrir pour la suite et de pouvoir porter conseil. Loin de retranscrire objectivement ou de manière omnisciente le mouvement des gilets jaunes à Lille, la chronique se restreint aux manifestations. Elle exprime donc surtout la part éruptive du mouvement, ses formes les plus éphémères et débordantes. Mais pourtant, les manifestations n’existent bien évidemment qu’au travers des myriades de rencontres, de liens et de solidarités qui se sont tissés, notamment pendant la vie collective et quotidienne des ronds points.

Cette histoire en cours, nous révèle l’évolution rapide des pratiques et des discours politiques, ainsi que la transformation des dispositifs de maintien de l’ordre au sein de la manifestation. Le mouvement s’adapte à la répression. En parallèle, les forces de l’ordre, les médias et les militants du capital se transforment pour mieux réprimer le mouvement. L’organisation du grand débat ou encore l’utilisation d’émission comme “Touche Pas A Mon Poste” viennent illustrer à merveille ces transformations opérées par le pouvoir. De notre côté, notre inventivité ne nous limite pas à simplement être dans la réaction face à Macron. On le remarque par le fait que l’on arrive à se fixer un calendrier indépendamment des réformes gouvernementales. Il y a la régularité des manifs hebdomadaires, qui vient faire consister le mouvement dans la durée, et en même temps, des dates éphémères et nationales qui viennent redonner des élans localement. D’autre part, l’écoute attentive du mouvement à l’actualité politique et mondiale rend ces élans encore plus énergiques, et donc conjure toutes tentatives de capture de la part du pouvoir.

L’heure est à l’acte XXII

Cette semaine est marquée par une interdiction de manifestation dans le centre ville de Lille.
Rien d’étonnant, car si cette fois la chose est formalisée clairement, cela fait déjà deux semaines que le centre nous est interdit, pour différents motifs (évenements sportifs, etc).
La préfecture n’en est pas à son premier coup sur la question des interdictions.
Déjà il y a deux ans, la pref’ usait de l’état d’urgence pour interdire le centre à différentes manifestations, se basant sur des notes des services de renseignement évoquant des risques d’affrontements. Affrontements justifiés par la présence du local identitaire de la Citadelle.
À l’époque déjà des militants avaient saisi le tribunal administratif.

Le depart est donné avec une foule plus nombreuse que d’habitude, place de la République.
Le parcours sera donc le même que les semaines précendentes, excepté que nous partirons en direction du boulevard V.Hugo après le rond poind des Postes.

La manif s’engouffre donc direction rue Solférino. La tension se fait déjà ressentir au croisement gambetta où les keufs sont disposés en masse. Sur le parking du supermarché, des keufs approchent et montrent les muscles en nous provoquant. Dès le croisement rue Nationale, au niveau de l’église, les premiers affrontements éclatent avec des projectiles tombant pile comme il faut.
Les premiers gaz de la journée sont lancés. Les gens reculent à peine.

La plupart sont équipés d’équipements de protections. Ça change la donne.
Aujourd’hui il n’y a pas de banderole, on essaye de se tenir comme on peut.
Après un moment à rester face à face, on repart en direction de la rue Nationale.
L’ambiance est au rendez-vous. Des gens distribuent des feuilles de conseil pour l’anti-répression.
On repasse devant le comico qui s’est fait repeindre en jaune la semaine dernière, qui n’est toujours pas nettoyé. Peut être qu’au fond, ils trouvent ça pas mal comme nouvelle peinture.
Au croisement de la BNP, les keufs et les gendarmes nous attendent au tournant de tous les côtés. Comme un mauvais souvenir de la charge brutale de la semaine dernière.

On part en direction de Cormontaigne, où les keufs protègent les banques présentes. Ils reçoivent pas mal de projectiles dans la gueule, annonçant le jeu du chat et de la souris pour le reste de la journée. On nous gaze et on nous charge, comprenant qu’on doit avancer. C’est ce qui va se répéter tout le long du boulevard.

Arrivée au rond point des Postes, on s’y pose un moment. Pour boire un coup, pour discuter, pour se rencontrer. On se marre en se racontant des histoires. Le drone survole nos têtes et quadrille la zone, presque aussi bien que tous les keufs disposés autour de nous.

On repart dans le boulevard V.Hugo sous le soleil et le "Révolution" crié en coeur.
À plusieurs moments encore et ça jusqu’au croisement JB Lebas / Solférino, quelques points d’affrontements se créent. Au détour d’un nuage de lacrymo et de pavés lancés, on croise Francis Lalane & Jérome Rodriguez. Arrivée au croisement, le dispositif policier entourant le carrefour est impressionnant, ils sont partout. On rentre dans la rue Solférino en chantant qu’on déteste vraiment la police, qui nous le rend bien en interpellant des gens et en coupant le cortège.

Papineau commence à montrer sa gueule. Celui qui a eu l’honneur de plusieurs chants tout le long de l’aprem au son de "Papineau au poteau" et d’un tag "Papineau, la dernière balle sera pour toi" essaye de choper des gens.

Les confrontations s’endurcissent tout le long du boulevard Solférino. Des keufs chargent et poussent les gens à même le sol. Les gens sont chopés puis filés à la bac qui s’occupe du transfert jusqu’au comico central, en essayant de trouver un motif à leur arrestation : violence, dissimulation de visage, dégradation... ils ne manquent pas d’imagination pour la chose. De retour à République, beaucoup de keufs en civil autour de la place guettent les groupes qui se barrent, n’hésitant pas à les interpeller.

Une dizaine de garde à vue sur l’ensemble de la journée, une personne tabassée par les keufs sera déférée lundi matin au TGI de Lille.
Cet Acte XXII sera marqué par l’application de la loi anti-casseur et les arrestations pour dissimulation de visage. Autre fait marquant, quelques baceux et policiers en civils étaient infiltrés dans le cortège.

Sinon, tous les mercredi à 18H30 à la bourse du travail de Fives :
c’est le moment pour se raconter les choses, se rencontrer et se tenir au jus de ce qui se passe.


Quelques photos de l’Acte XXI



Acte XX : Le fond de l’air est jaune

A la veille du vingtième acte, la préfecture annonce un changement de parcours. On nous prive du centre-ville pour nous balayer un peu plus loin dans la ville. La cause ? La fin d’un médiocre festival vantant la consommation de série comme mode de vie, et la venue de 15 000 supporters de foot présents pour la finale de la coupe de la ligue.

Le trajet sera donc le suivant : République, Solférino, Nationale, Vauban, Montebello, Porte des Postes, Sebastopol pour retourner à la case départ.

Avant le départ en manif, l’organisateur de la manif improvise un vote à main levé. Malgré les quelques gilets jaunes chauds de braver l’interdit, le suivi du parcours imposé la veille l’emporte. Le cortège s’élance donc en direction du quartier des bars. Le soleil est là. Les supporters strabourgeois croisés à la terrasse des bars lèvent leurs verres. Très vite pourtant, la bonne humeur générale laisse place à un moment de tension. Devant le bar Sherlock’s Pub, des fachos lillois commencent à balancer des pétards sur la foule en jaune, à ziguer et à nous faire des fucks. On reconnaît parmi eux Rémi Falize, néonéazi qui a fait parlé de lui récemment dans un reportage : il voulait dégommer les musulmans du marché de wazemmes pour purger le pays… Trop hébétés pour réagir à la hauteur de la situation, on se prend des chaisess sur la gueule et rapidement, on est chassés par des gaz et des charges de keufs. Quelques manifestants arrivent quand même à nous défendre et à leur envoyer des patates : des coups mais aussi des vraies patates ramassées un peu avant sur le marché. Si les flics nous matraquent et nous chargent sans ménagement, ils se positionnent devant le bar après avoir fait rentrer les fafs à l’intérieur. Tout juste s’ils ne se tcheckent pas devant nous. Leurs casquent et boucliers subissent de nouveaux l’affront des patates du marché accompagnées d’ampoules de peinture. Plus tard lorsqu’on ira lui parler des évènements, le gérant du Sherlock’s Pub – bon commerçant – ne s’en voudra pas le moins du monde de servir des petits nazillons.

Une fois les nazis derrière le bar et les flics à l’arrêt, la manif redémarre. Au croisement Natio / Vauban une banque se fait repeindre par un extincteur et des jets d’ampoules de peinture sous les applaudissements complices. Une horde de keuf arrive constater la couleur, c’est bien du jaune capitaine. Une banderole sortie plus tôt protège les plus déters : les ampoules fusent et les grenades envoyées sont retournées. Progressivement, les poubelles barrent la route et le reste de la manif nous rejoint pour constater les rénovations réalisées. La manif continue, sous les ampoules, les patates et les dégradation de panneaux publicitaires. Les flics chargent de temps à autre, avec plus ou moins d’entrain, mais parviennent quand même à arrêter des personnes.

Arrivé à l’entrée du boulevard de Monteb’, les keufs protègent les banques de la place, et reçoivent en guise de récompense pomme de terre et ampoules. Ils gazent et tentent de percer la manif en deux en isolant les plus motivés. Quelques légers affrontements s’en suivent, puis une charge de policiers matraqueurs déboulent, arretant quelques personnes au passage.

La manif arrive sur le rond point des Postes. Les accès au pont et périph’ sont complètement protégés mais on investi le centre du rond point, dont le terre-plein se recouvre de jaune. On prend le temps de discuter, de se rebifer en munitions, de taper la pose avec des fumigènes. Puis ça repart vers République, on remarque des keufs sur les toits, caméra en main, filmant tout ce qu’ils peuvent. La bac traîne aussi dans les rues perpendiculaires. Les deux drones présents ont survolé et filmé une bonne partie de la manif. Les Renseignements Généraux n’attendent qu’une chose, des interpellations. Aux abords de République, ils procèdent à quelques contrôles et fouilles. On se décide de se barrer en passant par le parc JB Lebas où les supporters de Strasbourg se constituent en cortège jusqu’au Grand Stade, une autre forme d’enthousiame dans les rues de la ville.


Acte XIX, « Nous n’avons pas inventé la violence. Nous l’avons rencontrée. »

Terreur médiatique

Depuis une semaine, au sortir de l’Ultimatum I de Paris du 16 mars, une campagne médiatique du gouvernement et de ses militants a fait rage dans tous les grands médias pour instaurer un climat de terreur au sein de la population. En dénonçant la destruction des symboles du capitalisme à travers le ravage des champs élysées, le gouvernement essaye d’avoir une reprise de légitimation de l’usage de sa violence invoquant le nécessaire retour du LBD ; malgré la dénonciation de l’ONU envers son usage de plus en plus disproportionné ces dernières semaines. Passant de l’enfant, au gaulois, le GJ est maintenant un assassin. Dès lors, on constatait sur les chaînes d’infos qu’il était ouvertement assumable d’envisager la possibilité d’en tuer quelques uns s’il le fallait . L’apothéose de cette campagne d’intimidation aura été d’instiller une confusion entre les rôles : en appelant au secours les militaires, la frontière avec le maintien de l’ordre était rompue.

Les médias les plus proches du pouvoir ont une fois de plus fait ressortir les grandes identités du casseur, des blacks blocs et maintenant des ultrajaunes. Des images spectaculaires en boucle sur bfm avec un enchaînement d’experts sur la question. Mais que sont les blacks blocs ? les blacks blocs ou des blacks blocs ? est-ce qu’il y a une organisation ou des myriades d’organisations ? Et si finalement ce n’était qu’une stratégie pour évoluer collectivement dans une manifestation ? Certains osent la comparaison avec le djihadisme, quand d’autres, comme Bauer, parlent de règles strictes au sein du Black Block, comme le fait de ne pas tuer. Les contradictions s’enchaînent entre d’un côté une force pratiquement militaire, qui s’organiserait dans l’ombre et de l’autre la foule haineuse remplie de ressentis, le nihilisme à l’état pur.

Après que ce terrain médiatique et policier ait été savament préparé pour réprimer avec terreur l’acte XIX, aller à la manifestation devient presque un acte héroique.

Surprise !

L’effet médiatique n’est pas celui attendu. A Lille, dés le départ de la manif, les gens ont l’air d’être déterminés et presque décontractés, il y a un peu plus de monde que d’habitude. Le parcours est différent, il y a l’envie cette fois de passer par la mairie pour demander à Martine Aubry de se prononcer sur l’interdiction du LBD. Comme quoi, les gens ne lâchent aucun terrain face à la répression. Dans la manif, les gens discutent du weekend dernier à Paris avec entrain. On dirait que ca a été un marqueur important dans la tête de beaucoup, comme quelque chose qui venait débloquer certaines pratiques, que ça soit ne plus laisser les gens se faire arrêter, ou l’attaque méticuleuse de tous les symboles de richesses. Il faut maintenant s’organiser pour faire face à la police et faire reculer l’économie.

« Nous n’avons pas inventé la violence. Nous l’avons rencontrée »

Le mot a tourné, plein de personnes se retrouvent en noir, certain.es ont même enlevé leur gilet jaune. Une vieille dame viendra même aborder quelques jeunes GJ en leur disant :

"Aujourd’hui, c’est en noir qu’il faut s’habiller, pas en gilets jaunes."

Cette fois-ci, les gens assument un certain désir de violence. Un juste retour pour des années d’humiliation. Aux abords de la gare lille flandres, certaines personnes prennent les devants. Au lieu d’attendre de se faire gazer, elles prennent l’initiative et attaquent un premier barrage de CRS avec une banderole renforcée. La présence même des keufs est vécue comme une provocation. Et pourtant, derrière ce barrage, il n’y a rien, stratégiquement, à aller chercher. A ce moment, c’est purement l’affect de vengeance qui s’exprime. Toutes ces semaines de répression et d’injustice accumulées. Plus personne ne veut baisser la tête. Après cette petite bataille, nous reprenons la marche tous ensemble, et nous entrons décidés dans la rue Faidherbe, une des plus fréquentées. Des tags apparaissent dans la rue, pendant que d’autres tentent de se faire le monoprix et de démonter le mobilier urbain.

Le dispositif policier dans la manif a l’air d’être discret. Pas de commissaire trop prêt de la manif, la bac est inexistante. Même les barrages de keuf ont l’air défraichi. On remarque par contre qu’ils sont en nombre dans les rues parallèles et que deux drones surveillent au loin.

Le cortège arrive sur la place de l’opéra, point de fixation habituel. Ça se lâche sur l’Apple Store. Des bastaings rentrent en contact avec les vitrines. Ca résonne, ça résiste, c’est l’écho de la plébe. Une dizaine de CRS se rapprochent et gazent. Ils en profitent pour s’accaparer la banderole renforcée. Les gens reculent, et reviennent. Deuxième tentative de rendre Apple Store à l’air libre. Ça résiste. L’impot sur la vitrine sera imposé sur d’autres devantures…

Les gens repartent. Grande place, et ensuite rue Nationale. Ça se déchaîne sur plusieurs banques et agences immobilières. Même des magasins vides auront leur vitrine pétée. Comme un signe d’avertissement pour les futurs commerces. Les pubs y passent. Le grand bâtiment aux vitrines exhubérantes, accueillant l’école de commerce, en fera lui aussi les frais. Ça faisait trop longtemps qu’il était resté ignoré.

À plusieurs moments, les keufs interviennent, mais de façon très proportionnée, et se replient rapidement ensuite. Ils feront ça sur tout le parcours. Ils seront très réservés. Rien à voir avec le programme annoncé par le gouvernement.

Croisement rue Massénat, haut lieu de fête pour la jeunesse dorée du coin, la foule s’acharne sur un commerce d’assurance. Loin de désavouer ce geste, les commentaires portent davantage sur la qualité du travail collectif. Il s’agirait de ne pas dégrader les habitations alentours mais surtout de bien finir ce qui est entamé avant les lacrymos.

On arrive rue Solférino. Le magasin de frites, Label Patate tenu par la compagne de Claude Hermant, goûte enfin à l’esprit Gilet Jauné. Le volet est entre-ouvert, pour pouvoir étoiler tranquillement les vitrines. Un pas plus loin 2 banques font aussi les frais de l’ire ambiante. Enfin !

La manif officielle arrive à son terme, à République. Il n’est pas bon d’y rester. D’ailleurs, pour rentrer sur la place, les flics filtrent et fouillent les gens. La bac, qui n’aura pas eu la chance d’être sur le parcours, est par contre bien présente et en nombre. Elle fera notamment plusieurs interpellations sur la place. D’ailleurs, une personne arrêtée a failli se faire délivrer par plusieurs personnes qui se sont fait à leur tour matraquer. La police, à ce moment, s’est défoulée sur tout ce qui bougeait.

La violence de ces interpellations n’entâme pas notre rage à continuer. On se voit la semaine prochaine, pour l’acte 2 de l’acte 19.


Acte XIV, les commissaires dans le viseur

Rien à déclarer !

La manifestation part après quelques confusions concernant la déclaration de la manifestation. Il se trouve que les organisateurs habituels ont refusé de déclarer la manifestation, premier signe d’un ras-le-bol de vouloir continuer la ritournelle du samedi après-midi. Elle devient, malgré la détermination des gens, le défilé ritualisé où l’ennui commence à se faire sentir.

Même si une personne a pris la décision de déposer en son nom la manif, cela n’a pas permis de neutraliser l’imbroglio sur cette déclaration, au contraire. On a même pu constater que le dispositif policier s’était adapté à celle-ci. Pour la première fois, les rues qui partent en direction de Moulins étaient colonisées par plusieurs dizaines de keufs et de camions de CRS. Mais étonnament, nous n’avons pas vu les habituels contrôles de la BAC à l’entrée de la place. Peut-être que la police voulait absolument que les gens suivent le parcours habituel, et ne pas déclencher dès le départ des tensions qui provoqueraient un départ en manif sauvage. Pour la première fois, la légitimité de la déclaration était remise en cause.

Malgré cet état de fait, nous suivons, sans trop se poser de questions, le parcours officiel. La bac, depuis quelques semaines, n’est plus sur les côtés. Le dispositif en général est distendu dans les rues adjacentes pour empêcher tout départ en sauvage.

Collage et tags dans la manif

Plusieurs personnes en ont donc profité pour venir coller plusieurs centaines d’affiches sur les devantures des magasins et des banques (« Macron, tu paieras pour les mains arrachées », « Tous et toutes à Paris le 16 mars »). On a même observé quelques tags fleurissant tout le long du parcours. Cela a permis d’égayer un peu la manif, et de se rendre compte qu’il était possible de faire autre chose qu’une simple marche.

L’opiniatreté face à la lacrymo

A plusieurs reprises, il y a eu des tentatives de partir en manif sauvage dans les rues perpendiculaires du parcours, malgré le fait qu’il y avait à ces endroits toujours des barrages de keufs. Comme une envie de vouloir se confronter, de mettre son corps en jeu, face au pouvoir. Première fois que les gens en ont autant envie. Les flics ont souvent gazé pour nous faire reculer. Des projectiles en réaction. Un commissaire s’en est pris un. Un autre s’est pris une patate. Comme quoi, les gradés et RG devraient arrêter de nous coller.
A la fin du parcours, rue gambetta et rue solfé, les gens veulent faire demi-tour, nous commençons à détester cette place de répu, nous ne voulons pas rentrer chez nous. Alors, nous faisons face aux keufs, à plusieurs reprises, reculons devant les gaz, et nous réavançons. Un mouvement opiniatre, même si nous savions qu’à ce moment, il n’était pas possible de percer le cordon de keufs.

Sauvage !

Au fur et à mesure, le dispositif se concentre pour nous faire reculer jusqu’à la fin du parcours, sur cette triste place. Et il oublie bêtement de la refermer. La porte des rues commerçantes est ouverte. Sans trop réflechir, nous nous y engouffrons à plusieurs centaines. Un air de liberté se fait sentir. Il n’y a plus d’histoire de déclaration à la préf. Nous sommes maintenant là, sans médiation possible, avec nos propres moyens d’agir.

Surprenante encore une fois, la bac stagne sur la place, comme si elle n’avait pas ordre de suivre la sauvage. Ou plutôt qu’elle n’avait pas reçu d’ordre. Peut-être qu’à ce moment, la chaîne de commandement est désorganisée. Comme si les différents gradés étaient un peu à la ramasse. Nous avançons rapidement. Malheureusement, quelques keufs, sûr d’eux, capturent une personne dans la rue commerçante. Il s’en fallut de peu pour qu’un des hommes-sans-l’uniforme se fasse lincher. Sauver subrepticement par sa gazeuse. La sauvage se divise. Nous continuons, instinctivement, vers le vieux lille. Nous y entrons sans savoir où aller. Pourtant, nous savons ce que nous voulons : trouver le pouvoir, ses domiciles. Nous continuons en criant. Les bourgeois et les badaux, pourtant bien plus nombreux que nous, sont médusés et apeurés. La consommation a l’air de les rendre apathiques, faibles.
Notre détermination et notre nombre diminuent. Le vieux lille nous perd, peut-être qu’il nous rend lui aussi apathique, surement par manque d’objectif concret. Nous finissons sans trop réflechir devant le tribunal. Mauvais réflexe, c’est l’heure de se disperser. Et pourtant une dizaine de personnes, lâches-rien, continuent sans faillir. Malheureusement, la bac a réussi à nous retrouver après une demi-heure de balades.
C’en est fini pour la sauvage, une dizaine de personnes se fait choper près de la rue des arts.


Récit de l’Acte XIII de la manif des Gilets Jaunes du 9 février à Lille

Malgré la pluie du matin, quelques huit cents personnes se sont retrouvés en ce début d’après midi afin de s’élancer en direction du centre-ville pour cet acte treize. Nous rejoignons le cortège guidés par les nombreuses détonations de pétards. Enfilé le gilet, et déjà au niveau de la gare de Flandres, les premières tensions avec la police se font sentir. Dans la rue faidherbe, le numéro du comité anti-répression circulent alors que les grands magasins se font huer. Comme souvent, la boutique Apple est à l’honneur avec un chant lui sommant de payer ses impots. L’ambiance est bonne ambiance dans le cortège qui s’épaissit au fil des minutes. Arrivé à Grand’Place, on est un peu plus de 1200 personnes. La marche s’arrête pendant quelques minutes en signe de soutien à la personne dont la main a été arrachée à Paris plus tôt dans la journée et dont la rumeur circule depuis un moment.
Les cris habituels contre les forces de l’ordre qui protègent le centre-ville bourgeois du Vieux-Lille sont habités d’un écoeurement et d’une haine tenace, partagés autant par les jeunes que par les plus vieux.

La tension commence à se formaliser concrétement au niveau du parc du Quai Du Wault, proche du Vieux-Lille. A la vue lointaine des keufs, les gens décident de couper court au trajet initialement prévu rue nationale pour aller à leur rencontre. L’envie d’aller au contact est présente parmi de nombreuses personnes. Le manque de masque et de protection ne semble pas freiner les ardeurs et quelques personnes commencent à faire cramer des détritus dans la ruelle. Après une première lancée de gaz, les gens reculent pendant quelques instants le temps de reprendre du souffle pour de nouveau s’engouffrer en direction des keufs. Nouvelle rafale de gaz, ainsi que quelques tirs de flashball. Une femme est touchée à l’heine et doit être ratrapriée par les Street Medics. Le sérum phy tourne et la rage redouble avec l’inquiétude provoquée par l’évacuation de la personne blessée. On entendra plus tard, sans certitude que sa blessure n’est pas grave. On se parle entre les charges ou les jets de lacrymo et la solidarité est palpable, on sent qu’on est ensemble. L’envie d’en découdre est clairement posée. Les gens n’ont plus envie d’attendre la fin de la manifestation déclarée pour déborder le parcours. Alors que nous repartons en direction du boulevard de la liberté, les casseurs en brassard orange montrent les muscles et prennent la pose à la première intersection. Mais rien n’y fait, les gens leur crient leur ridicule. De là s’en suit quelques lancées de canettes, pavés et bouteilles en leur direction. Une poubelle est incendiée devant une assurance, le feu prend rapidement.

Le face à face avec les keufs se finit par une nouvelle série de gaz dans le boulevard. Les gens restent motivés en chantant des chansons pas très élogieuses envers la police nationale, et la manif continue dans la rue nationale pour aller jusqu’à la place du marché de Wazemmes.

Sur la route, des abribus sont tagués avec approbation, les chants et les slogans persistent, parmi lesquels on entonne le célèbre « la citadelle en feu les fachos au milieu ». A un moment, un individu nous lance de l’eau par sa fenetre du dernier étage. Il n’en falait pas plus pour nous exciter. Les insultes fusent à l’égard du petit filou caché derriere ses rideaux et sur sa porte de garage est taguée « On vient te chercher chez toi ». On expurge là, la tension accumulée au point que quelques uns commencent à s’attaquer à sa porte, avant de se raviser… On s’est défoulé et on s’est bien marré. Le filou y réfléchira à deux fois avant de nous balancer de l’eau.

Rapidement, la manif arrive sur la place des Halles de Wazemmes. La foule se sépare en deux, une partie repart vers République par Gambetta et une seconde se dirige vers Porte des Postes en passant par la rue Jules Guesde. Pendant de longues minutes, les gens traînent sur la place du marché, un peu perdus mais décidés à ne pas en rester là. Certains commencent à édifier une barricade plus symbolique que stratégique, tandis que d’autres s’arrêtent à la vue d’un engin de chantier des étoiles plein les yeux. L’ambiance est à la tranquilité. Certains s’impatientent et prenent la rue J.Guesde pour continuer la manif, parfois après avoir récolté quelques munitions sur les chantiers de rénovation. Mais rapidement, on nous signale la présence de la Bac à nos trousses. La peur envahit alors certains d’entre nous qui commencent à courir, ce qui crée un mouvement de groupe et de panique. Derrière nous, ça saute évidemment sur l’occasion pour commencer à nous courser. La manif sauvage d’environ une centaine de personne se transforme en partie de chasse dans les rues de Wazemmes. La plupart des gens se dispersent à ce moment là.

Arrivés à Porte des Postes, les keufs attrapent tout ce qu’ils peuvent pour garder la face. Dans ce quartier, on comptera trois arrestations après un passage à tabac pas très réglémentaire. Un peu plus tard, chiffre oblige, les flics serrent à nouveau des personne au niveau de la place de la République où s’étaient rassemblés quelques Gilets pour la fin de la manif.
On dénombre une dizaine d’interpelations.

S’il n’y a pas d’affrontement ou d’évènement spectaculaire dans ce treizième acte, on retient surtout que les gilets jaunes restent déterminés et se tiennent avec une solidarité et une rage intacte, voire grandissante.


Acte XI, récit de la manif du 26 janvier

Nous sommes le 26 janvier, et l’heure est à l’acte XI du mouvement des Gilets Jaunes.
A lille, on ne peut pas vraiment dire que le temps est au rendez-vous, contrairement à l’après midi ensoleillé de l’acte X. Un refus est dès le départ posé par la manif, elle veut partir dans le sens inverse du parcours déposé. Malheureusement, le dispositif policier nous contraint à respecter celui-ci. Nous partons donc en direction de la gare à 1500.

Au delà du fait que nous sommes moins nombreux au départ, l’ambiance de la manif a changé. Elle est aujoud’hui beaucoup plus structurée en différents cortèges : le cortège de tête habituel qui est tenu par le fameux leader Alexandre Chantry et d’autres, le cortège des stylos rouges et le cortège syndical CGT. Ce dernier a le bon goût et la finesse d’avoir sorti le camion et la sono traditionnelle avec malheureusement… les slogans traditionnels. On entend « Unité unité » ou encore « Solidarité avec les gilets jaunes ». La sono écrase les slogans lancés par les gilets jaunes, avec sa fameuse Internationale et « debout faisons table rase du passé »… Tout doucement, on comprend mieux leur présence, ils prépareraient la journée de la « grève générale » du 5 février.

Malgré tout, au fur et à mesure, il y a encore des gens qui affluent dans la manif. On se retrouve facilement à 2000 personnes. Peut-être tous ces gens ne s’embêtent-ils plus à venir suivre gentiment le premier parcours déposé, mais viennent juste pour le deuxième tour non déclaré ?
En tout cas, le dispositif de la manif est cloisonné entre le cortège de tête des récupérateurs professionnels et la grosse machine syndicale.
En terme de dispositif de keufs, il est assez étonnant de remarquer que la BAC est encore en nombre, mais cette fois-ci, elle doit répondre à d’autant plus de missions : protéger les commerces, serrer la manifestation latéralement mais aussi empêcher à certains endroits que la manif puisse sortir du parcours officiel. Ils feront donc des allez-retours au sein de la manif, ce qui nous permet d’avoir quelques opportunités… On voit aussi au loin le lourd et lent dispositif des CRS/CDI longer la manif dans les rues parallèles.

Plusieurs fois, rue national notamment, quelques personnes ont voulu partir en manif sauvage, mais la BAC est réactive, et la fragmentation et la tenue de la manif en cortèges empêchent une certaine réactivité et spontanéité. Tout est plus ficelé, structuré que la dernière fois. A cela s’ajoute un service d’ordre autoproclamé composé d’anciens militaires avec berets et médailles sur le gilet… Il y a même un type avec l’uniforme de la marine marchande qui lui donne un air de capitaine de croisière.
Il s’avére aussi que la présence de faf ou assimilé est plus remarquable, que ça soit dans les discours avec le Frexit ou par quelques tags présents (du Losc Army/WRB et croix celtique par exemple) le long du parcours officiel.

Après une tentative un peu inespérée de partir en sauvage rue gambetta et non suivie, la manif reprend son cours pour aller finir officiellement place de la république. Le dispositif de keuf enserre la place, ne laissant aucune possibilité de repartir en sauvage. Et pourtant, pas mal de personnes sont déterminées à ne pas en rester là. Une centaine de Gilets Jaunes se retrouvera dans la rue de Béthune pour partir en sauvage en direction des quartiers la gare. On se disait bien qu’un samedi sans une vraie sauvage, ça serai pas vraiment une manif Gilets Jaunes. Après un tour dans la rue commerçante lilloise, la sauvage arrive rapidement au niveau de Flandres et d’Euralille. Un groupe arrive à rejoindre la rue des Arts où la porte donnant sur le local identitaire lillois « La Citadelle » est quelque peu malmenée. Au niveau d’Euralille, la Bac charge la fin du groupe. Plusieurs interpellations (11 apparement) assez brutales seront effectuées derrière le parc Matisse à l’entrée de La Madeleine. On peut constater un blessé à la tête.

Il s’avère que la manif a été cette fois-ci plus cloisonnée par les organisations, mais pourtant ces dernières n’ont pas réussi à enlever la détermination de centaines de personnes à se retrouver et à manifester dans le centre de lille en dépassant le dispositif de keufs, et même à passer devant le local de faf (ce qui ne s’était pas fait depuis longtemps) ! A samedi !


Acte X, récit de la manif 19 janvier à Lille

Pour commencer il a fallu arriver aux abords de la manifestation, à République. Je suis avec un pote, on voit des flics un peu partout autour de la place qui ont l’air occupés à fouiller manifestants et passants, n’hésitant pas à confisquer le matériel défensif. C’est bien la seconde semaine qu’il opère ce genre de chose. Comme quoi, arriver un peu plus tard après le départ de la manif, ça peut s’avérer plus pratique.

On rejoint donc la manif vers le quartier de la gare. Le cortège a l’allure des gilets jaunes, on se marre dans une ambiance canaille et bon enfant. Le soleil est présent. La plupart des gens ont l’air chauds et contents d’être là. Ça se vanne, s’agite et gueule au moindre prétexte. Les flics et la Bac se font huer copieusement à plusieurs reprises.
C’est au moment où on commence à s’emmerder dans ce premier tour de manif que cette dernière part en sauvage au croisement Boulevard de la Liberté / Rue National en direction du parc de la Citadelle.
On s’interroge un peu sur ce choix de s’éloigner du centre pour longer le parc, avant de capter qu’on longe aussi ce qui s’avère être un chantier de rénovation urbain, et que surtout, c’est une porte d’entrée vers le Vieux-Lille, qui était complétement bariquadé aux abords de la Grand’Place par de nombreuses barrières anti-émeute.
Les barrières sont renversées au milieu de la route et les pavés récoltés pour plus tard. Personne ne s’offusque de ce remue-ménage. Ceux qui ne participent pas directement chantent et enjambent joyeusement les obstacles qui jonchent la route. On a vu une pancarte « Dettinger – Benalla – Octogone » sautiller d’une barrière à l’autre. L’ambiance est au rendez-vous. Les keufs sont à la traine, ce qui crée un joyeux bordel.
Ce n’est qu’au bout de l’avenue que les keufs commencent à débarquer, ça se met à gazer, les gens ne paniquent pas, mais ne tiennent pas tête non plus. Les keufs nous repoussent et on revient un peu comme à chaque fois. On s’engrouffe dans les petites rues du Vieux-Lille, on est un peu dispersé. Au loin, des Gilets-Jaunés nous font des signes pour dire que de leur coté la voie est libre. Ca se marre et ça se fout de la gueule des bourgeois du quartier. Les groupes se divisent.

Je suis dans un groupe déterminé à aller sur le périph qui n’est pas loin, c’est à dire au bout de l’avenue du Peuple Belge. On est de moins en moins nombreux et le pas est plus rapide, mais ça reste assez détendu malgrè la cavalerie qui se fait entendre derière nous.
On arrive donc sur le périph qu’on occupe… pas plus de 5 minutes. Mais ça fait quand même plaisir aux gens présents. Là encore, il n’y a pas de panique mais on détale dès que les flics arrivent. Les gens sur le pont nous indiquent la géographie des keufs alentours, ça nous permet de se casser sans croiser leur sale tronche. Mais sortis du périph, on n’est vraiment plus beaucoup et on sent mal la suite dans les rues de la madeleine dans lesquelles on arrive. On est pas en terrain connu, on le sait. On s’esquive alors pour rejoindre l’autre groupe. On est trop loin pour arriver à temps.

Un autre groupe plonge apparament à coeur joie dans les ruelles du Vieux Lille. Les keufs essayent rapidement de les prendre en étau mais il arrive de justesse à les esquiver. Et c’est avec une marche rapide qu’il traverse les rues du quartier bourgeois. Plusieurs banques, église, bijouteries seront marqués (exemple : Omnia sunt communia, Tout le pouvoir aux survets, L’argent est ici, ACAB…) par leur passage. Pas un seul keuf ne le poursuivera. Le dispositif à ce moment est complétement désorganisé, surement parcequ’il n’arrive pas à coordonner leur force sur les plusieurs groupes dispersés partout dans le centre. Il finira son tour en revenant à Rihour et puis place de la république où plusieurs groupes se retrouvent naturellement, comme si nous nous étions donné le mot.

Arrivés sur la place, on capte qu’il y a des affrontements en cours. Les gens crament des sapins et crient « Tous le monde deteste la police ». Décidement aujourd’hui les keufs en prennent bien la gueule. Les flics se lâchent sur la lacrymo sur la place et dans les rues piétonnes et commercantes aux alentours. Ils gazent même l’entré du métro. Cette agitation au moment des soldes n’est pas pour nous déplaire. Les terrasses en prennent plein les narines. Par contre, les vieux et les gosses qui se font gazer apprécient moins. On file du sérum physiologiques aux passants en échangeant quelques mots : tout le monde déteste vraiment la police. Au bout d’un moment, ça sent quand même la fin et les arrestations pour faire du chiffre alors on décampe.


Acte IX, récit de la manif du 12 janvier

La manif part sur la traditionnelle place de la République. La préfecture a changé de stratégie pour cet acte neuf, elle a mis la pression dès le départ avec des fouilles tout autour de la place, et le parcours a été inversé pour éviter que nous allions vers Wazemmes et le comico central de Lille Sud. Apparement, une équipe de streetmédic se serait faite arrêter et confisquer tout son matériel de soins au début de la manif.

Nous étions pas loin de 3000 personnes au départ, bien plus que la manif de samedi dernier. Nous faisons donc le tour habituel dans le sens inverse, rue solfé, rue national, grande place, rue faidherbe. Il faut dire que la BAC était encore plus nombreuse que la dernière fois, se tenant sur les deux côtés de la manif, prête à intervenir. Derrière la BAC, plusieurs flics en civil se montrant plus discrets, observaient les comportements et retenaient les visages des manifestants.

Après la gare, nous remontons la rue du molinel pour enfin quitter le rythme de la manif déclarée. Rue de paris, les gens changent de marche, plus rapide, plus enjouée, plus déterminée. Comme une envie de déjouer les dispositifs des keufs. La BAC montre les muscles porte de paris près de la mairie. Mais cela n’enlève pas la détermination des gens, au contraire. Nous pressons le pas, et nous arrivons boulevard louis XIV, en direction d’une sortie de périph. Nous avançons, mais peut-être pas assez rapide pour surprendre le dispositif qui se tient déjà en place au bout du boulevard sur le rond-point. Quelques projectiles sont jetés sur les keufs, en plein dans la gueule pour l’un d’entre eux.
Après plusieurs minutes de face à face avec les keufs, ils commencent à balancer des lacrymos et à avancer. Les gens reculent et reviennent (un feu d’artifice est même lancé sur eux). Cette scène se répète plusieurs fois jusqu’à ce que le groupe se scinde en deux.

Le premier groupe reste sur le boulevard louis XIV. Quelques tags fleurissent. La gendarmerie sur le boulevard n’est pas non plus épargnée. Les gens sont éparpillés quelques minutes. Une voiture fonce dans la foule. Le conducteur fou se fait encore une fois poursuivre. Sans trop d’objectifs, nous remontons le boulevard de la liberté vers la place de la république. Nous sentons qu’il n’est pas bon de rester ici, nous nous dispersons.
Le deuxième groupe part sur la droite vers la mairie. Il commence à faire des barricades avec les grilles de chantier devant la mairie pour ralentir la progression des keufs. Manque de chance encore une fois, une voiture de la municipale passe par hasard, et la foule lui rappelle qu’il n’est pas bon d’être policier par les temps qui courent. En avancant vers la gare, une voiture percute une personne et se fait rattraper plusieurs fois par les gilets jaunes. Arrivée à la gare, rue faidherbe, le premier groupe regrossie et essaie de retourner vers le centre. Un cordon de garde mobile nous barre la route et commence à gazer. En voulant fuir, nous nous rendons compte qu’il y a aussi un cordon de BAC. Nous sommes nassés. Alors que nous ne pouvons plus bouger, des deux côtés, les keufs balancent des lacrymos sans s’arrêter. Les BACeux s’amusent même à faire allonger plusieurs personnes par terre. Certains commerçants ont quand même accueilli certaines personnes, les ont soigné et fait sortir par une sortie de secours. Au bout d’un moment, les gens encore nassés ont pu repartir.


Acte VIII, récit de la manif du 5 janvier à Lille

Après quelques prises de paroles, d’échauffement de voix place de la république, la manif des gilets jaunes commence dans une ambiance joyeuse et festive en direction de la gare. Il y aura même quelques fusées de détresse et autres artifices pour nous galvaniser. Nous sommes au moins deux mille cinq cent personnes. Il y aurait des gens de toute la région, d’Auchel jusqu’à Bruxelles.

Avant d’arriver sur la Grand Place, la tension monte d’un cran quand la BAC remonte le parcours pour protéger l’entrée du Vieux-Lille. C’est que pour la préfecture il ne faudrait pas refaire la même erreur que le 22 décembre, c’est à dire laisser les gueux pénétrer le quartier bourgeois de la ville. Sur la place, les hostilités sont lancées. Une des entrées du Vieux-Lille est protégée par un cordon de keufs bien vindicatifs. Ils commencent à tirer des lacrymos, ce qui scinde temporairement le cortège en deux. Plusieurs projectiles et retour de grenades sur les keufs viendront revigorer notre courage et notre détermination. La deuxième partie de la manif revient sur ses pas en essayant de fuir le nuage de gaz qui commence à envahir toute la place. D’ailleurs, cette dernière se vide rapidement, laissant la grande roue et les cabanes de noël esseulées – les touristes et autres chalands se seront déjà enfuis dans les cafés et dans les endroits malfamés du centre. La manif retrouve de sa cohérence le temps que les gens pleurent et enfilent leurs masques à gaz et leurs lunettes de protection. Nous reprenons la marche normale de la manif rue nationale. La tension redescend, la fanfare se remet à chanter de plus belle. La BAC se remet à montrer ses muscles en traversant la fin du cortège, comme ça pour voir. Nous sommes un peu désemparés, mais ils se font huer copieusement. Alors que la manif arrive à son terme, nous décidons de ne pas nous arrêter au programme initial, et nous nous aventurons dans les rues de Wazemmes.

La manif devient maintenant sauvage, le dispositif policier se réorganise, cette reconfiguration laisse plus de place à la vigueur et au libre déplacement, d’un côté et de l’autre. Nous nous dirigeons vers le rond-point des Postes, un point névralgique de la ville, avec le commissariat à deux pas et l’entrée du périph’. C’est donc en toute logique que les keufs nous y attendent et nous accueillent à coup de gaz lacrymo. Des barricades se forment et s’enflamment.

Alors que les flics avancent du rond point des Postes vers nous, un autre groupe essaye de les contourner par le boulevard Victor Hugo.

Le dispositif policier est plutôt bien rodé, et arrive à les stopper rapidement.

Les objectifs étaient clairs pour tous le monde : soit aller au commissariat central, soit aller sur le périph bloquer les flux. Malgré la détermination des gens et les quelques barricades montées en catimini, nous sommes obligés de fuir après charges et tirs de la BAC dans la rue d’Iéna jusqu’à la place de Wazemmes, qui se voit elle aussi partiellement recouverte de gaz.

Encore une fois, plusieurs barricades sont rapidement montées avec des poubelles et des palettes de la rue. Rien y fait, nous n’arrivons pas à leur tenir tête, il nous manque surtout une banderole renforcée pour se protéger des tirs de flashballs et des coups de matraques. Malgré tout, les quelques projectiles permettront de les ralentir. De la place, nous dévalons la rue Gambetta en retrouvant une belle cohésion et quelques chants bien énergiques. Palme d’or pour le « Oh Emmanuel Macron, oh tête de con, on va tout casser chez toi ! » Le magasin Auchan de la place ainsi qu’un distributeur de billets se feront attaquer. Les keufs arriveront dans les deux sens de la rue, la manif se dispersera peu à peu afin d’éviter de se faire prendre en étau.

En parallèle, un autre groupe aura quand même réussi à retourner dans le centre, et notamment dans la rue de Béthune, le grand axe commerçant du centre-ville, pour ensuite se diriger vers le point symbolique du capitalisme local : Euralille, un énorme centre commercial près de la gare de Lille. Ce dernier aura été obligé de fermer ses portes.

Le dispositif aura dispersé les gens partout dans Lille. Quelques groupes se seraient opiniâtrement reformés après les dispersions, mais la police mènera une chasse dans le centre jusqu’à 19h, n’hésitant pas à cueillir quelques gilets jaunes traînant par ci par là. Il y aura en tout et pour tout plusieurs dizaines d’interpellations.

En tout cas, au vu de la passion et de la détermination rencontrées aujourd’hui, nous n’en sommes pas à notre dernier souffle. D’ailleurs, cela fait bien longtemps que Lille n’avait pas été mouvementée de cette manière ! A tout à l’heure !

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